Verapaces et Semuc Champey
Au centre du Guatemala, une région karstique humide où la rivière Cahabón disparaît sous le pont calcaire de Semuc Champey et forme sept vasques turquoise.
Les Verapaces, c'est la partie du Guatemala que la plupart des circuits classiques évitent, et c'est précisément pour cela que nous aimons y emmener nos voyageurs. Le département d'Alta Verapaz et son voisin Baja Verapaz forment une bande de montagnes karstiques au centre-nord du pays, coincée entre les hauts plateaux mayas au sud et les basses terres du Petén au nord. L'altitude varie de 300 à 2 000 mètres, le relief est cassé, couvert de forêts humides qui retiennent les nuages presque toute l'année. On comprend vite pourquoi les Espagnols ont mis plus d'un siècle à soumettre la région : ils ont fini par la confier aux dominicains, qui l'ont rebaptisée Verapaz, la 'vraie paix', après avoir échoué à la conquérir par les armes.
Cobán, la capitale d'Alta Verapaz, sert de base logistique. C'est une ville de 80 000 habitants, sans charme particulier, mais c'est là que se concentrent les fincas de café et de cardamome, deux cultures qui font vivre la région. Le Guatemala est le premier exportateur mondial de cardamome, et l'essentiel sort d'ici. Le café d'altitude des Verapaces, autour de 1 300 mètres, a une acidité marquée que nous faisons goûter à nos voyageurs dans les fincas de la vallée de Chicoj ou à Santa Margarita, en plein centre de Cobán.
La population est très majoritairement maya q'eqchi' et poqomchi'. À Tactic, à San Cristóbal Verapaz ou sur le marché de Cobán le samedi, on entend ces langues bien plus que l'espagnol. Les femmes portent encore le huipil brodé local, différent de celui des hauts plateaux : fond blanc, motifs géométriques rouges et noirs. La fête patronale de Cobán fin juillet, le Rabin Ajau, élit la jeune fille maya qui représentera la culture indigène du pays pendant un an, et c'est un des rares moments où la ville s'anime vraiment.
Le site qui amène la plupart des voyageurs dans la région, c'est Semuc Champey, à 1h30 de piste très secouée depuis le village de Lanquín. Il s'agit d'un pont calcaire naturel de 300 mètres de long, sous lequel la rivière Cahabón disparaît en force, tandis qu'en surface se sont formées sept vasques turquoise étagées sur la roche. On s'y baigne, on grimpe au mirador d'El Mirador (45 minutes de montée raide) pour avoir la vue d'ensemble, et on enchaîne souvent avec les grottes de K'anba juste à côté, que l'on traverse à la nage, bougie à la main, sur environ 300 mètres. C'est l'activité phare, et elle a son lot de routards, mais en partant à 7h30 du matin on a les vasques pour soi pendant deux heures.
Au-delà de Semuc, la région concentre d'autres curiosités géologiques liées au karst : les grottes de Lanquín, occupées par des colonies de chauves-souris qui sortent au crépuscule, le site de Candelaria avec son réseau de cavernes sacrées maya, et la rivière Cahabón elle-même, qui se prête au rafting en eaux vives entre novembre et mai. Plus au sud, en Baja Verapaz, la réserve de Biotopo del Quetzal protège quelques hectares de forêt nuageuse où vit le quetzal resplendissant, oiseau national. Le voir relève de la chance et de la patience, plutôt avril-juin pendant la nidification, mais les sentiers sous les fougères arborescentes et les bromélias valent la marche.
Côté table, on mange ici le kak'ik, un bouillon de dinde épicé au rocou et à la coriandre, plat emblématique q'eqchi' classé au patrimoine culturel guatémaltèque. Les tamales de masa cuits dans la feuille de bananier remplacent ceux à la feuille de maïs des hauts plateaux. Et dans les marchés, on trouve la cardamome en gousses fraîches, à un prix qui n'a rien à voir avec ce qu'on paie en Europe.
À découvrir
Les sept vasques de Semuc Champey. Un pont calcaire naturel sur la rivière Cahabón, avec sept bassins turquoise étagés où l'on se baigne. La montée au mirador prend 45 minutes et donne la vue d'ensemble sur le site.
Traversée à la nage des grottes de K'anba. 300 mètres de progression dans une rivière souterraine, bougie à la main, avec quelques passages où il faut grimper sur des échelles en bois. Activité humide, pas pour les claustrophobes.
Fincas de café et de cardamome. Autour de Cobán, visite de fincas familiales où l'on suit le séchage du café et la récolte de la cardamome, dont le Guatemala est le premier exportateur mondial.
Forêt nuageuse du Biotopo del Quetzal. Réserve de 11 km² en Baja Verapaz, sentiers sous les fougères arborescentes. Possibilité d'observer le quetzal resplendissant entre avril et juin, en fin de matinée.
Marché q'eqchi' de Cobán le samedi. Étals de cardamome fraîche, huipiles brodés à fond blanc, et le kak'ik servi dans les comedores du marché, bouillon de dinde épicé au rocou.
Quand y aller
Les Verapaces sont la région la plus humide du Guatemala. Il pleut une partie de l'année, et même en saison sèche, de décembre à avril, des averses de fin d'après-midi sont fréquentes. Les températures restent stables, entre 18 et 24°C à Cobán, un peu plus chaudes (22 à 28°C) à Lanquín et Semuc qui sont plus bas en altitude. La meilleure fenêtre pour visiter va de février à avril : les pistes vers Semuc sont praticables, le niveau de la Cahabón permet la baignade dans les vasques sans risque, et la visibilité dans les grottes est correcte.
Nous déconseillons fortement les mois de juin à octobre, qui correspondent à la saison des pluies intenses et à la saison des ouragans. La piste Lanquín-Semuc devient régulièrement impraticable après de fortes averses, et les vasques de Semuc Champey perdent leur couleur turquoise quand la rivière déborde et charrie de la boue. Novembre et début décembre sont une période intermédiaire intéressante : végétation très verte, peu de monde, et les pluies se concentrent en soirée.
Conseils pratiques
Comptez deux nuits minimum sur place, idéalement trois. Une nuit à Cobán pour les fincas de café et le Biotopo, deux nuits du côté de Lanquín ou Semuc pour faire les vasques, les grottes de K'anba et éventuellement les grottes de Lanquín. La région se mérite : depuis Antigua, il faut compter 7 à 8 heures de route jusqu'à Cobán, puis encore 2h30 à 3h jusqu'à Lanquín sur une route partiellement asphaltée, et 1h30 de piste pour atteindre Semuc. Nous organisons les transferts en véhicule privé avec chauffeur, c'est plus confortable que les navettes touristiques bondées.
La combinaison la plus logique se fait avec le Petén et Tikal au nord : depuis Lanquín, une route directe rejoint Sayaxché et Flores en 6 à 7 heures, ce qui évite de redescendre vers la capitale. On peut aussi enchaîner avec le Rio Dulce et la côte caraïbe via Río Hondo. Le niveau de confort est plus rustique qu'ailleurs au Guatemala : les meilleurs lodges de Semuc restent simples, électricité limitée le soir, eau chaude inégale. La région convient aux voyageurs curieux, en bonne condition physique, qui acceptent les pistes et l'humidité. Moins indiquée pour les familles avec très jeunes enfants à cause des trajets et de la baignade en eaux parfois fortes.
